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mercredi 18 février 2026

Magdalena Bay "Imaginal Mystery Tour" : Mica en Majesté

 

Photos personnelles

 

à la Salle Pleyel, mardi 17 février 2026 

Mais où trouve-t-elle toute cette énergie ? La question se pose légitimement pour la dénommée Mica Tenenbaum, moitié du duo electro-pop US Magdalena Bay (quatuor en live) mais actrice principale, secondaire et tertiaire du formidable Imaginal Mystery Tour, sur les routes depuis près de deux ans maintenant. Chant, synthé, guitare, changement de costume, montée au podium, sauts et axels multiples au centre, à gauche, à droite, sur la barrière au contact du peuple, humeur espiègle et contagieuse, rassembleuse, la native de Buenos Aires a cinq shows dans les jambes et nous un peu moins parce qu’il faut la suivre sur scène Mica, c’est presque épuisant.

Magdalena Bay est loin d’être un projet solo pourtant : duo à la ville et en studio Matt et Mica sont d’abord des passionnés de bidouille informatique, passant apparemment le gros de leur temps le nez collé devant leur ordi à tester des sons et visuels bizarres sur leurs nombreux synthés et logiciels aux noms impossibles. Passion machines, passion futurisme. Plus 1984 que 2024. L’aboutissement : leur dernier disque, Imaginal Disk (2024 donc), un OVNI « prog-pop » entre Genesis, Bowie et MGMT qui a su séduire un assez large public malgré son format tout sauf mainstream (53 minutes, beaucoup d’instrus, mille curiosités sonores). C’est beau et un peu rétro, voire suranné, comme un clavier-guitares Casio – vu sur scène hier soir, une splendeur.

Un vrai voyage musical sur disque donc, mais c’est sur scène le projet prend une autre dimension encore : conte fantastique, pop symphonique, ambiance féérique etc etc. Mica Tenenbaum alterne les costumes et Magdalena Bay les titres et styles entre ballades et déluge sonore, refrains teen-pop et fracas de batteries. C’est un monde complet en soi, autosuffisant. "Love is Everywhere" a des airs de comptine hippie à fleurs, "Tunnel Vision" d’apocalypse post-rock. Matt (guitare, basse, synthé) dirige tout ça au second plan, tout cool dans son survêt rouge. Au drums Nick Villa, une boule de tonus. Montées et descentes multiples, euphorie et détente. Mica surfe sur tout ça, infatigable dans ses chaussons de danse.

Soudain elle disparait, dans un épais brouillard de guitares et de synthé (et de fumée, littéralement). C’est l’opéra. Retour au milieu de la brume, dans son costume d’ange. C’est la "Ballade de Matt & Mica", conclusion du LP et du show et sommet de mignonnerie. Two kids in a new town, baby… La foule reprend largement en chœur, aux anges également (une assistance jeune, très jeune même, largement plus que votre serviteur). Mica vient saluer à gauche, à droite, toujours mobile sur ses jambes. Bang bang and a happy ending !! Euphorie éclair, redescente en douceurC’est ludique, délicieux.

Bis repetita pour le rappel, avec le traditionnel "The Beginning" (ci-dessous), petite bombinette électro-pop acidulée et bondissante, bondissante… So if you feel low, sit back enjoy the show ! Tout le public est sur ses jambes aussi cette fois, en communion avec Mica et Matt et leur petit univers personnel mi-SF mi-Disney . "In technicolor tonight…" fredonne MicaTa da da da, ta da da da... Elle a dû faire ça 300 fois et pourtant l’énergie est toujours là. Comment fait-elle ?

On veut connaître la recette.

 

jeudi 11 décembre 2025

Mes 10 albums de 2025

 

Par simple ordre alphabétique cette année (no ranking).

 

 Bar Italia - Some Like It Hot

UK - Indie-rock, post-punk (Matador Records) 

Pas mal de storytelling "l'album de la maturité" sur cet album qui serait fondamentalement plus rock et fun que les précédents sans qu'on comprenne trop pourquoi... Ça reste du bar italia première période pour moi, tantôt ténébreux tantôt revigorant et rarement inintéressant. La première face est de loin la plus immédiate il me semble, débutant avec un véritable banger ("Fundraiser") et maintenant la tension rock un poil arty tout du long. Face B plus calme, gagnant sans doute à être ré-ré-écoutée. Un groupe toujours spécial à voir en live par ailleurs (cf. ci-dessous).

Lire mon recap de leur live à la Maroquinerie

 


The Cords - The Cords

Ecosse - Indie-pop, jangle-pop (Skep Wax / Slumberland Records)

Un pur produit de la tradition indie-pop à carreaux de Glasgow, cf la longue tradition locale depuis Orange Juice, les Pastels, Belle and Sebastian et compagnie. Les deux (jeunes) sœurs Tedeschi n'enregistrent pas depuis longtemps mais ont décroché les olés de toute la petite scène indie-pop UK et US avec ce premier opus propre et énergique, déjà très maîtrisé, et bien dans la tradition "cute mais grungy sur les bords". "Fabulist" annonce la couleur d'entrée avec sa guitare jangle à toute vitesse, un peu répétitive mais tout de même entêtante, puis le reste suit avec d'autres très bons moments ("You", "Rather Not Say") et d'autres un peu plus dispensables... Affaire à suivre.

Failli les voir à Paris, mais passage au Paris Pop Fest' annulé hélas.

 

Flora Fishbach - Val Synth

France - Electro-pop, pop (Créature)

Retour atypique pour la plus new wave des chanteuses pop françaises : 3 ans après son deuxième LP très attendu (5 ans avaient passé suite au 1er) c'est un disque au format EP étonnant qu'elle nous balance à la face avec changement de labels et de méthodologie à la clé - plus de sorties rapprochées prévues désormais, et donc plus courtes et resserrées. Un album pour une idée, pour un son... Pari réussi avec ce 8 titres résolument électro-pop et long de 25 petites minutes dont 3 instrumentaux : c'est tour à tour contemplatif et furieusement dansant avec 3 gros singles inclus dont le déjà culte "Comme Jean Reno" (avec Jean Reno) et le très court mais sublime "Des Bêtises" (part II). La voix monte très haut, les synths sont partout, claquants ou reluisants et tout va bien pour Flora, toujours à part dans sa catégorie. Un prochain court LP devrait suivre en 2026/2027 alors vivement.

Elle sera au Zénith le 12 mars 2027 (c'est loin)

 


Hatchie - Liquorice

Australie - Dream-pop, indie-pop (Secretly Canadian)

Une jolie surprise de fin d'année. L'Australienne avait déjà 2 albums derrière elle, dont le précédent qui lui avait valu quelques pouces levés, mais vrai montée en puissance sur ce 3ème opus au son dream-pop 90's hyper classique et classieux : impossible de ne pas penser aux Cocteau Twins sur des titres comme "Carousel" ou "Anchor" avec cette guitare complètement distordue et néanmoins si harmonieuse à la Robin Guthrie (c'est une influence revendiquée d'ailleurs). Harriette Pilbeam n'a pas la voix d'Elizabath Frazer évidemment (qui l'a ?) mais ça ne l'empêche pas de nous offrir un très chouette album pour cet hiver 2025-2026, avec des tas d'effets sonores et quelques envolées plus pop à la clé ("Only One Laughing", "Stuck").

  

 

Horsegirl - Phonetics

US - Indie-pop, indie-rock (Matador Records)

Un disque qui s'affine avec le temps. Le trio de Chicago était plus catégorisé post-punk à la base mais prend des accents plus indie-pop et vintage avec ce second LP, produit par la très demandée Cate Le Bon. C'est plus calme, lent, introspectif, voire parfois répétitif mais aussi étrangement punchy comme sur les singles "2468" et "Switch Over", remarquables de (fausse) simplicité. Un peu sombre aussi, et réminiscent de vieux groupes un peu oubliés comme les Raincoats, qui n'ont pas vendu beaucoup de disques mais continent d'inspirer des tas de jeunes musiciennes peu inspirées par les tendances actuelles... Tout un programme bien résumé dans l'ultime "I Can't Stand To See You", plein de tadadas, de guitares crispées et de regrets (oh oh oh).

Vues au Petit Bain en juin, quelques vidéos à voir sur ma chaine live 

 

Hotline TNT - Raspberry Moon

US - Indie-rock, shoegaze (Third Man) 

Si Hotline TNT joue toujours très fort en live (cf. leur dernier attentat sonore au Point Éphémère), leurs productions studios sont un poil plus mesurées et laissent poindre la jolie petite veine pop qui se cache derrière leurs grosses guitares grondantes : c'était déjà le cas avec l'entrée épique de leur précédent album (Cartwheel), ça l'est encore davantage peut-être sur ce troisième LP alternant efficacement refrains pop et murs de guitare. Dès l'entame ("Was I Wrong?") on est d'abord baigné dans une mer de guitares un peu amères avant d'émerger par surprise une grosse minute plus tard, réveillé la voix soudain plaintive en mode cri du cœur de Will Anderson... C'est mélodique et rythmique (cf le très bon "Candle" aussi) et Will et co s'offrent même un petit moment de gospel hippie sur Julia's War, en mode la la la... Mais les guitares re-déboulent ensuite, rassurez-vous.

 

Molly Nilsson - Amateur

Suède - Synth-pop, new wave (Dark Skies Association) 

La plus berlinoise des Suédoises - elle est installée sur les bords de la Spree depuis 2008 - a déjà un paquet d'albums derrière elle mais ne faiblit toujours pas, aidée en cela par son protocole habituel (pas de label, pas de musiciens, juste elle et ses machines dans sa chambre à Berlin). Il n'y a pas des tonnes de variations sur cet album, et sa voix retouchée/étouffée est presqu'un peu frustrante à la longue (montre toi vraiment Molly!) mais c'est aussi le charme de la méthode Molly Nilsson... de la bonne synth-pop do-it-yourself mélancolique cachant derrière la boîte à rythmes une pelletée de lyrics gauchistes crypto-communistes et de couplets désenchantés sur la marchandisation du monde, de Berlin et le prix toujours plus grand à payer pour rester libre, totalement libre... C'est beau et effrayant à la fois, comme une rave enfiévrée dans un sous-sol en béton armé qui pourrait être la dernière de sa vie et de tous les temps - et pourtant sa musique est douce, si douce. Contradiction éternelle.

 

 

Rolly Derby - When the Night Comes

Allemagne - Dream-pop (Dark Skies Association) 

Autre douceur, plus classique celle-là, mais venant d'outre Rhin encore : Roller Derby, un charmant duo dream-pop d'Hambourg qui touche la bonne note d'entrée avec ce premier LP. Ça n'est pas hyper original ni aventureux mais l'opus compte assez de bonnes compos et de guitares délicatement planantes pour vous retenir jusqu'à la fin si le genre dream-pop vous intéresse un minimum... Avec une belle voix au micro et quelques vraie jolies tracks qui pourraient contenter des groupes plus capés ("Last Night", "Silver Jet", "In Spring").

Entr'aperçus au Supersonic il y quelques mois (inconnus à l'époque) 

 

 

Sally Shapiro - Ready To Live A Lie

Suède - Synth-pop (Italians Do It Better) 

Encore un groupe associé à l'Allemagne pour des raisons purement personnelles (beaucoup écoutés à Berlin, un été). Duo suédois au sang chaud (disco) et à la voix si cristalline, protégés du très cinématographique label US Italians Do It Better (spécialisés dans l'italo-disco et la synth-wave bien vaporeuse). La première face est une petite merveille, avec quelques singles qui dataient déjà certes : le très entrainant "Hard To Love" avec son refrain hyper euphorisant so 80's (merci le vocoder), le plus lyrique "Purple Colored Sky" ou la reprise du classique "Rent" des Pet Shop Boys (ça fonctionne). La suite est un peu plus posée et  introspective mais le charme ne passe pas, jusqu'au très délicat "Rain" avec cette petite voix blessée qui s'efface lentement derrière les gouttes... Les amours ratés font les plus beaux albums.

 


The Tubs - Cotton Crown

Galles - Jangle-pop, indie-rock (Trouble in Mind ) 

Un album un peu chargé pour finir, servant largement d’exécutoire à son leader Owen Williams apparemment pris entre troubles mentaux mineurs (narcissisme, cf la chanson du même titre) et vrai deuil (une mère romancière et chanteuse folk suicidée à 60 ans, sans préavis). Et pourtant la musique des Tubs est un composé plutôt gai à la base, et spontané, du genre jangle-pop toutes guitares dehors avec jolis refrains au milieu et pintes de bière à volonté après (je le sais, c'est écrit sur leur t-shirt : "I had a beer with... The Tubs"). Les Britanniques types donc - Gallois ici -, génétiquement faits pour la mélodie et le malheur tout à la fois. Album court, désuet, désolé, un peu power-pop 60's sur les bords avec mentions pour "Chain Reaction" et l'étonnant "One More Day" (tentative de rap).

Vus il y a pas longtemps au Petit Bain 


mercredi 29 octobre 2025

bar italia : no show mais rock quand même

bar italia le 28/10/25, photo non contractuelle

Mini évènement hier sur les hauteurs de Ménilmontant : Bar Italia (nom tout en minuscules normalement) est en tournée d’automne à la Maroquinerie, et c’est une surprise car le trio rock le plus cool et mutique du moment a les épaules pour la taille d’au-dessus désormais (Cigale en 2024, Élysée Montmartre en février prochain). Pourquoi ce choix osé en termes de revenus issus de la billetterie alors ? Choix artistique ou volonté de chiller ? Pour savoir il suffirait de leur demander bien sûr, mais ça… Bar Italia ne parle pas.

Rarement groupe aura reçu autant de considération du public en donnant si peu, d’un point de vue purement verbal. Sur scène le dispositif du trio londonien (quintet en live) est assez simple : jouer ses morceaux, se taire, puis s’en aller. Bonsoir, merci. La presse spécialisée avait pourtant fait état d’un soi-disant virage « rock et fun » de la petite bande de South London via leur dernier album (Some Like It Hot) et c’est vrai que celui-ci démarre fort avec le très jouissif et régressif "Fundraiser" mais rayon présence scénique la métamorphose est peu claire... Jauge toujours proche de zéro pour les sourires, pas mieux pour les adresses au public. No banter, no joy ou presque.

Un petit bonus à Jezmi Tarik Fehmi tout de même, pas plus loquace que les autres mais qui semble positivement s’amuser sur sa guitare et ça tombe bien, c’est notre préféré avec sa tignasse bouclée, ses lunettes et ses faux airs d’étudiant en lettres slash poète raté fan de Yeats. Nina Cristante sait mettre le feu au micro quant à elle, mais rentre dans son personnage de mannequin mutique dès que les guitares se taisent. Là sans être là. Pas d’ambiguïté avec l’ami Sam Fenton en revanche, qui ne desserrera pas la mâchoire de la soirée. Tant pis, ou tant mieux. On est là pour la musique.

De ce côté-là la performance était au rendez-vous, globalement. Trois temps au programme : départ de feu avec le fameux "Fundraiser" et de premiers petits pogos au milieu, suivi de quelques morceaux aussi punchy avant un long intermède plus posé, balades post-punk lancinantes au programme, éventuellement un peu enhardies de quelques guitares finales ("Jelsy", second album). Puis c’est le punk de post-punk qui reprend l’ascendant, pour une dernière partie éprouvante physiquement côté fosse : ça pogote gentiment de gauche à droite, ça bouge, ça braille, ça lève les bras vers Nina et on bien content de voir ça d’en haut parce que c’est beau un pogo, pour les autres. Sur scène Jezmi est au top de sa life sur sa guitare, écrasant les cordes penché sur le métal, et Nina remplit le rôle qui est le sien : harangueuse de foule, danseuse de la mort, joueuse. La batterie est très impliquée, aussi.

"Punkt" (premier album) est un sommet, sans surprises. C’est un hit, à leur échelle. La petite foule est hystérique pour certains, aux anges pour d’autres, Nina fend presque le public et la question de savoir si Bar Italia la joue mystérieux ou déteste juste les relations publiques n’est plus un sujet. Ils sont là et c’est un résultat en soi. Il y aura même un rappel, de trois titres. Ça n’est pas très bar italia ça, mais bon… On prend.

Fin de soirée. Quelques temps plus tard on croise Jezmi et Sam en train de ranger le matos dans le van : « fun gig » lâche-t-on, sans trop y croire. Sam ne tique pas. Jezmi hésite lui et tourne finalement la tête, une demi seconde : « thank you so much ». Sans passion, mais sans agressivité non plus. C’est pro. On vient de vivre le maximum de l’expérience sociale bar italia, sans nul doute. 

 


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